DSCF3410

Géant Casino St Anne :  fraîcheur à marée basse…

Ce matin, un peu avant 11H, nous voilà arrêtés devant l’aquarium de la poissonnerie du Casino. Ulysse et Héloïse, 2 et 4 ans, sont en extase devant Omer, le crabe des mers, et son copain le homard. La conversation avec les crustacés bat son plein lorsque notre attention est tout à coup attirée par deux gendarmes en uniformes qui enfilent chacun une fine paire de gants plastifiée. La tension monte chez les maraîchers, la fébrilité gagne les regards et les gestes. Les portables sortent comme des gâchettes, les allers-venues se multiplient autour des gendarmes qui entreprennent une inspection dans les règles. Impassibles, systématiques, ils se fendront de quelques conseils d’hygiène, toujours aimables. Nous, on blémit, tandis que je demande aux enfants de dire au revoir aux poissons, ces derniers insistent : « Et pourquoi ils ont les yeux ouverts ? » , « Comment ils font pour dormir s’ils ont pas de paupières ? », « Alors, ils dorment ou ils sont morts ? ». Ils sont morts. Le problème, c’est que les moules aussi, sont mortes. Les gendarmes exigent le retrait immédiat d’un sac qui constituait les prochaines ventes. Voilà quelques consommateurs qui l’ont échappé belle.  Il y a du poisson congelé qui n’est pas étiqueté comme tel. « Oh, c’est rien, ça, j’ai enlevé l’étiquette ce matin » ( ?!?!), la balance qui ne pèse pas correctement…et le florilège continuera pendant plus de 30 minutes. A vrai dire, rien ne semble convenable, poissons, glaces, tout est sujet à commentaires. Les gendarmes se retirent derrière le « comptoir » pour ce qui semble être un compte rendu avec effet immédiat : des produits sont enlevés de l’étalage…je prends 2 photos, de loin.

Car nous nous sommes éloignés, dégoûtés. Autour de la poissonnerie, c’est la panique, la responsable du magasin est appelée au chevet des crustacés. Une dizaine de personnes s’affairent, portable et walkie vissés aux oreilles. A l’accueil, un homme en vert s’approche, exige le numéro du responsable traiteur de toute urgence. Au rayon frais, une verte armada débarque : tous les produits sont passés au crible : les dates de péremption vérifiées. Il y a des murmures qui s’élèvent, un employé s’exclame : « C’est pas normal, chez Carrefour, ils font plus de chiffre que nous. ». Je retourne l’injustice décriée dans tous les sens pour essayer de saisir le sentiment qui a envahi l’employé, je tâche de retrouver la logique de sa protestation. Mais il n’y a qu’une chose qui me vient à l’esprit : ces moules, nous avons failli les acheter. Et je ne peux m’empêcher d’imaginer mes 5 enfants aux urgences avec une solide intoxication alimentaire, ou pire. N’est-ce pas là la véritable injustice, la dépendance et l’impuissance du consommateur face aux superstructures financières qui ont vampirisé la quasi-totalité des circuits de l’alimentation ? N’y a-t-il pas une charte du consommateur qui puisse garantir qu’à défaut de le nourrir sainement à un prix correct et de soutenir l’essentiel : ceux qui produisent, on puisse au moins ne pas souffrir ou mourir empoisonné ?Une autre employée me murmure, alors que je venais de partager avec elle mon ressentiment : « Moi, j’achète le poisson chez Auchan, le jour de l’arrivage ». Et bien moi, je vais continuer à l’acheter chez Picard, où les poissons sont congelés sur les bateaux et vendus comme tels. Et je ne sais plus à quel sein me vouer pour les crustacés. La semaine dernière nous avons tous eu d’affreuses crampes au ventre, pendant 24H, nous n’avions pourtant rien mangé qui eût pu paraître litigieux. Nous n’avons jamais su d’où cela venait. Pendant ce temps, en ces temps festifs, dans l’escarcelle des actionnaires, les écus tombent.

DSCF3409