Sur un forum, j'avais répondu à une maman qui se demandait ce que l'on pouvait bien dire à des personnes qui vous agresse au sujet de l''instruction en famille. Bien entendu ,les réactions n'ont pas manqué!

J'ai trouvé intéressant de diffuser cet article ici parce qu'il reflète la conception plus politique de l'IEF qui est en vigueur à la maison.

"Pour les grands, je suis passée sur un mode tellement affirmatif-limite agressif que généralement les gens n'osent rien dire.
C'est l'instruction qui est obligatoire.
L'éducation nationale française produit des névrosés limites psychopathes incultes et unilingues. Les programmes (pas terribles) ne sont pas suivi, le niveau médiocre, et alors que les adultes pleurent après les 35H, ce qui est le plus petit temps hebdomadaire européen, ils font bosser leurs ados plus de 60, ce qui est le plus grand temps de travail européen et est un vrai scandale. Le slogan c'est "travailler plus pour abrutir plus et apprendre moins".
Il n'y a qu'une élite abrutie de modes de reproductions automatisés à la créativité étouffée et aux capacités de réflexion personnelle anihilées qui sont capables de s'en sortir "correctement" selon les critères des prédecesseurs qui nous ont légué, on le voit...un monde meilleur....
Plus tu seras affirmative, moins les gens se sentiront le droit de t'agresser, te mettre en cause, en doute,..."

C'est une des réponses toutes faites que j'ai pu adresser à des personnes agressives mais heureusement, elles ne sont pas légions! Généralement, les personnes qui s'interrogent devant moi sont plus pacifiques, la médiatisation de cette pratique, accélérée depuis septembre 2007 ayant suscité bien de nouvelles tolérances...

Comme sur beaucoup de forums liés aux apprentissages (montessori, alphas, etc...) il y a des parents, d'enfants scolarisés ou non, et des enseignants, parents eux-mêmes ou non. Alors, effectivement, il y a des susceptibilités qui sont chatouillées!

Devant des enseignants que s'étouffaient d'indignation, j'ai proposé des solutions plus pacifiques et écrit ce petit conte où je met en scène l'école dans quelques années (et on dira que ce n'est pas une utopie...), afin d'expliquer la façon dont je peux parler d'école à mes enfants, quelques intervenantes s'étant inquiétées que j'élève mes enfants dans un climat de haine.

Pour des raisons financières et de gestion du personnel  évidente, on va dire que l’on conserve les bâtiments et le personnel actuel.

« Nous sommes en 2000-les-enfants-sont-enfin-respectés.

Mathieu se lève, il se prépare pour aller à l’école. La semaine dernière, c’était la semaine de la science, alors sa maman a averti le directeur qu’il ne viendrait pas : ils ont participé à des conférences, fait des expériences, visité un laboratoire, ce dont Mathieu rêvait depuis longtemps. L’école a bien changé depuis l’époque où sa maman y allait. Il y a une grande bibliothèque, 2 salles informatiques, une salle avec des jeux de société. Aucun cours n’est obligatoire : les instits affichent les horaires de leur cours magistraux qui ressemblent à des exposés, par tranche de 30 min. Cette semaine, il y a un exposé sur la gaule, en Histoire, la découverte de la cartographie, en géo, le prof de maths proposent de découvrir les fractions. Normalement, c’est pour les élèves plus âgés, mais cela intéresse Mathieu et ses copains vont assister à une manipulation de matériel de division, et ça, Mathieu sait faire depuis longtemps. La prof de français propose un atelier grammaire, ça ne lui disait pas trop jusqu’à ce qu’il s’aperçoive que cela serait fait sous formes de jeux de société et que Julie lui a demandé de faire partie de son équipe.  Une fois par semaine, au moins, les profs reprennent un thème ancien pour les enfants qui étaient malades ou qui n’ont pas assisté au cours. Pour les sciences, c’est lui qui occupe le créneau-élève, cette semaine, en plus du cours proposé par le prof, Mathieu propose un exposé sur les nanotechnologies. Il n’en revient pas d’avoir pu visiter ce laboratoire. Sa maman va le rejoindre pour organiser la séance parce qu’ils vont diffuser un petit film et faire des expériences. Il va occuper la classe pendant que le prof de sciences se trouve dans la salle informatique. Ce sera l’occasion de présenter un peu plus sa petite sœur à ses copains : d’habitude elle est toujours plus ou moins cachée dans l’écharpe de portage, mais depuis qu’elle tient assise, maman emmène un petit tapis et c’est rigolo de la voir lancer ses jouets pour qu’on lui rapporte !

La semaine prochaine, c’est son papa qui viendra passer une après-midi à l’école. Son papa préfère s’occuper de la cour de récréation. Les parents du copain de Mathieu viennent de se séparer. Ca fait une semaine que Lucas n’a plus suivi de cours, il reste dans la cour toute la journée, à taper sur le ballon. Si ça continue la semaine prochaine, Mathieu pourra peut-être proposer à Lucas de parler avec son papa. Aujourd’hui, les parents qui travaillent et ont un enfant à l’école ont chacun droit à une demi-journée par mois par enfant, rétribuée par l’Etat, qu’ils passent à rendre service au sein de l’établissement scolaire. C’est plutôt sympa d’avoir ses parents de temps en temps à l’école, pense Mathieu, et les profs ont l’air d’apprécier le coup de main. Puisque les cours ne sont pas obligatoires, ceux qui n’ont pas envie d’y assister organisent des jeux extérieurs avec les parents à tour de rôle. Au début de la grande Réforme scolaire, il y avait beaucoup d’élèves dans la cour de récréation. Mais ils se sont vite lassés d’être dehors ou sous les préaux et dans le gymnase les jours de pluie, toute la journée !

Et puis, c’est vrai que depuis, les enseignants ont revu leur façon d’enseigner.

Comme dans une entreprise, ils ont des résultats à rendre à leur hiérarchie. Et donner des cours intéressants, s’adresser à l’élève comme à une personne responsable, ne pas avoir en classe d’enfant qui ne se sent pas capable d’assister au cours pour des raisons personnelles et pouvoir ainsi raconter, expliquer dans le calme et le respect, cela s’est avéré efficace !

Au bout de quelques semaines, la grande majorité des élèves assistaient à tous les cours. Il faut dire qu’ils sont peu nombreux, la plupart du temps, on fait des recherches, on étudie, on manipule.

Julie a fait un exposé sur l’ancienne école, le mois dernier. Mathieu a trouvé très bizarre de devoir faire du sort ou de la musique le soir ! Ca devait être épuisant ! Il a eu du mal à comprendre pourquoi les profs de sport ou de musique ne pouvaient pas se déplacer à l’école, comme aujourd’hui, pour enseigner aux élèves inscrits.  Bon évidemment, pas pour tous les sports ! Sa grande soeur ne vient jamais à l’école le jeudi après-midi, elle est à la patinoire avec sa maman. Et lui ne se voit pas faire du solfège le soir avec toute une journée assis sur une chaise sans pouvoir en bouger dans les pattes. Déjà qu’il trouve que le vendredi à 14H, ce serait plutôt l’heure pour une sieste ! Mais, bon, pour pouvoir jouer du violon, faut bien apprendre à lire les notes ! Et quand Julie a parlé de devoirs, de leçons le soir en plus de toute la journée d’école, Mathieu s’est demandé quand est-ce que ces enfants-là  pouvaient jouer, passer du temps avec leur famille et du temps libre avec les copains, d’autres adultes (le voisin de Mathieu est féru d’astronomie, il passe des heures avec lui !), découvrir le monde. Heureusement que tout a changé !!!! »

Et je réponds dans la foulée:

"Voilà le genre de choses dont je parle à mes enfants lorsque le thème de l’école est abordé. Ce qui est plutôt rare, les occasions n’étant pas nombreuses. Il n’y a pas « de haine des autres, malsaine et triste ». Tant je préfère toujours projeter dans le « ce qui est possible », le « aujourd’hui mieux qu’hier moins bien que demain ».

Au départ de ce post, il y avait la question d’une maman, agressée par une personne extérieure. Et ma réponse, avec une explication : « je suis passée à un mode affirmatif-limite agressif, mais du coup les gens ne se sentent plus le droit de m’agresser »."

Quelqu'unes proposaient d'utiliser un discours-je pour que cela semble moins agressif.

Je prends toujours la communication non-violente avec des pincettes:

"Le « discours- je » qui sert surtout à exprimer des sentiments, et non à exposer un état de fait, servirait mieux à faire « avaler la pillule » ? Ne serait-ce pas un peu manipulatoire ? Une claque assénée avec un gant de velours reste une claque. Je ne vais pas déguiser un réel état des lieux en l’enrobant de sucre parce que je respecte profondément les personnes qui sont sur ce forum et que je ne voudrais pas manipuler qui que ce soit par une tournure de discours.

C’est vrai que pour le pays de Descartes, des philosophes des lumières et de la façon très rigide et codifiée d’exposer ses idées (la « dissertation française »), personne n’a argumenté quoi que ce soit (comme d’hab’) de façon un peu construite quand au fond de ce qui était exposé de manière provocante et avec les précautions d’usage (« voilà ce que tu pourrais dire si tu te fais agresser » avais-je écrit), d’autant plus que je me suis même fendue d’une réponse plus pacifique sur un des post suivants.

« Je n’ai pas l’impression que mon enfant va devenir psychopathe », ce n’est ni un argument, ni une preuve. De plus j’avais dit « névrosés limite psychopathes ». Il y a une nuance. Légère, c’est vrai.

Au-delà de mon expérience personnelle (19 écoles tout de même, et de l’enseignement à des enfants en échec scolaire ), j’ai 13 d’expérience en milieu scolaire avec mes enfants, ce qui me donne un peu plus de bouteille que 2 ou 3 années de maternelles.

Le mode d’enseignement, où on cloisonne l’exposé des idées dans une manière de faire et où on sélectionne ce qui peut-être dit ou pas (mon aînée prépare son bac français, si vous saviez le nombre de choses qu’il y a à dire à ce sujet….) conditionne des élèves semblables aux maîtres afin que le système ne soient surtout pas remis en cause.

Les 15% d’enfants illettrés qui entrent chaque année au collège, les millions d’enfants redirigés vers des filières inadaptées et que l’on dit en échec sans jamais remettre en cause l’organisation tentaculaire, préhistorique et sclérosée qui était sensée pourvoir à leur instruction, les suicides, les dépressions qui sont consciencieusement passés sous silence chaque année, et le dégoût universel  des ados pour l’instruction ne sont que quelques-uns de mes arguments. Prenez un collégien lambda ; proposez-lui de choisir : « Aujourd’hui tu veux aller à l’école, ou glander toute la journée ? ». Prenez  un ado en IEF et faites-lui la même proposition : « préfères-tu pratiquer l’activité instructive de ton choix ou glander toute la journée ? »…vous serez surpris(es) du résultats…ou pas, si tout à coup, un éclair de lucidité vous a étreint…

Rappelez-vous de vos classiques : Socrate, Aristote, l’Agora, le déambulatoire…enfin toute cette façon de transmettre avant que le magister romain ne viennent nous pourrir toute liberté.

Enfin…dans les nombreuses activités manipulatoires qui ont parfois lieu sur les forums et celui-ci n’y échappe pas, je souhaiterais que ne me sois pas attribuées des intentions comme celle-ci : « à contrario je lis des interventions de mamans qui instruisent leurs enfants dans la haine des autres que je trouve particulièrement malsaine et triste ! » 

Je n’ai jamais dit d’une maman scolarisante qu’elle était maltraitante ou je ne sais quelle horreur encore. Je sais juste que souvent, les réactions violentes et décousues naissent d’une vérité qui chatouille. Et, in fine, encore une fois, même si tout était vrai, la façon d’exprimer les choses n’étaient que la réponse de l’arrosé à l’arroseur, et pas un manifeste anti-école que je souhaiterai diffuser sur ce forum.

PS : ma grande va à l’école, 6H/semaine, dans un lycée privé hors contrat. (pour se couler dans le moule pour le BAC)

Et…même si je ne suis pas toujours très délicate, c’est vrai que le sujet me touche car il affecte nos enfants et l’avenir du monde. Et …on est pas vraiment libres de ses choix, hélas, quand il ne sont pas « dans le moule », alors, bien sûr, on se défend !!! "

Bref, comme je l'ai écrit, beaucoup interviennent avec des idées préconçues, des sentiments, des impressions. Et si je dis souvent: "Ne réfléchissez pas trop, L'instruction en famille cela se vit au quotidien et c'est difficile d'imaginer ce que c'est par anticipation", autant je suis désolée qu'il n'y ait pas une vraie réflexion de fond par les scolarisants sur ce que cela représente comme acte, politiquement de gérer soi-même l'instruction de son enfant.