Première rentrée depuis 5 ans….

Anaïs entre en terminale L ce matin.

6H15

J’interromps ce message dans quelques minutes pour aller tirer de son nid tout chaud mon poussin adoré. Pfff…quelle barbarie.

Et c’est toute la famille qui entre dans une nouvelle ère. Impossible désormais les couchers à plus d’heures avec le petit dernier qui s’endort recroquevillé sous la table de la salle à manger. D’ailleurs, nous avons déménagé, et désormais, un carrelage glacé a remplacé le parquet chauffant.

Il dut y avoir des haussements de sourcils, mais lorsque j’ai réclamé que tous les portables soient déposés dans le bureau, la veille au soir, de surprise, nul n’a protesté. Trop de tentations avec ces petites merveilles de la technologie !

Pour une fois, dès 19 H00, tout est organisé : la table mise, le linge sèchant dehors rentré à la hâte, re-rincé par une pluie soudaine. Hum, décidément, oui, nous avons changé de région aussi !

A table, les dernières mises au point et les rires fusent, les cheveux des filles fraîchement lavés brillent sous le lustre qui nous surplombe, Ulysse picore dans son assiette, debout devant sa chaise, discutant fermement avec le mécanicien dans son atelier d’une planche de kaléidos, un casque de ski rouge juché sur son crâne. Si personne ne semble traumatisé par cette toute nouvelle organisation, il y a encore un air de pays de nulle part* à la maison grâce à notre petit dernier.

J’en soupire d’aise !

*voir les « Olivier Rameau » pour les bébéphiles !

C’est qu’aujourd’hui, toutes les filles de la maison sont de sorties ! A 9H00, j’emmène à Tours Jeanne et Héloïse. L’ophtalmo à l’hôpital des enfants pour vérifier les petites cataractes ponctiformes d’Héloïse, le conservatoire de danse pour l’inscription de Jeanne à l’audition mi-septembre, la CAF pour avancer peut-être un peu notre transfert de dossier.

Une véritable petite aventure, ce premier voyage en taxi, car et train. J’en ai rêvé toute la nuit. Courte nuit. Beaucoup trop courte, agitée par les allers-retour incessants d’Héloïse qui naviguait entre le lit une place qui jouxte le nôtre et les flancs collés-serrés de sa mère.

Voilà, un abominable car a engouffré dans sa gueule de vieille guimbarde mon bébé chéri, et moi je reprends ma plume-clavier tandis qu’il me semble l’entendre babiller, excitée de ces nouvelles pérégrinations, ravie de plonger dans ce bain de jeunes en groupe qui tiennent haut l’étendard de la sacro-sainte socialisation. Son sourire ne me quitte pas et mon cœur est en paix.

Voilà une re-scolarisation arrachée avec les dents.

Début mai, notre contrat de location signé en poche, j’ai contacté le lycée de notre circonscription. Charmante, attentive, efficace, la secrétaire du proviseur m’annonce au second coup de fil que c’est l’inspection académique de Tours qui doit donner l’accord de la re-scolarisation. Elle me fournit le contact direct avec l’interlocutrice adéquate à l’IA.

Nous avons déjà abordé l’essentiel. La phobie scolaire d’Anaïs, l’instruction en famille, les possibilités de places restantes en Littéraire.

L’inspection de Tours requiert le récépissé de la déclaration faite à Marseille pour l’année 2008-2009.

Comme l’année dernière, ma déclaration s’est perdue dans les services, et malgré le récépissé postal qui fait foi de mon envoi « dans les clous », le service de Marseille, lorsqu’il est joignable, ce qui est rarissime, traîne des pieds et me toise du haut de sa suspicion. Des courriers sont envoyés sans jamais me parvenir, et au bout de …2 mois et demi, alors que l’inspection académique de Tours vient de mettre ses bureaux en berne pour cause de pause estivale, je reçois 5 courriers similaires d’un coup. Seul le dernier est rédigé avec le nom de famille correct.

Une démarche administrative lambda, légitime et usuelle pour les familles IEF qui se présentera comme un pugilat, avec de nombreuses phases d’observations, de coups retenus, et de KO incertains.

Une heure de téléphone quotidien, en moyenne, pendant 2 mois. Avec le plus souvent, le silence à l’autre bout du fil. Ou plutôt, la stridulence lancinante d’interminables et infructueuses sonneries.

Dans le même temps, l’IA de Tours exige aussi des tests, afin d’accepter Anaïs en terminale. L’inscription aux épreuves anticipées du Bac ne cautionnant pas une entrée automatique en terminale.

Les 3 proviseurs des lycées publics nous environnant, lassés de mon insistance, se sont réunis pour lancer un refus groupé à notre requête : ils ne feront pas passer de tests à Anaïs.

Nous n’aurons pas non plus de visite de l’inspecteur, « vous ne croyez pas qu’on a assez de travail comme ça ? » s’est offusquée la responsable de la scolarité.

Une très gentille secrétaire de mairie m’avait appelé quelques semaines auparavant pour m’expliquer qu’il n’y avait pas assez de personnel (14 000 employés municipaux à Marseille) pour diligenter une enquête sociale.

« Mince, quel dommage !» me suis-je exclamée, la voix déconfite et un gigantesque sourire accroché aux babines.

Le 15 août arrive, avec la réouverture officielle de l’inspection…et la non-joignabilité officieuse….

Nous partons à la rencontre d’été de l’association « Les enfants d’abord », en Bretagne. Le Morbihan nous ouvre les bras à Muzillac, au sein d’un camping plutôt sympathique.

Une semaine très riche, en émotions, découvertes, certitudes, doutes, réponses et questions.

De retour, armée du téléphone, j’appelle sans répit. Je fini par envoyer ce mail, à la demande de l’IA, et suite à la petite reflexion qui m’a fait bondir :

-«  Ce ne serait pas juste de faire entrer Anaïs alors que les autres ont dû passer des tests ».J’ai envie de dire qu’avec les résultats catastrophiques que l’éducation nationale arbore, l’IA peut bien faire passer des tests mais que nous ne nous sentons nullement concernés…enfin, je m’abstiens…

Madame,

Rebonjour,

Je vous laisse ci-dessous le parcours d'Anaïs:

Déscolarisée pendant sa 6ème en classe internationale à Marseilleveyre (13008) pour phobie scolaire, Anaïs a suivi un parcours d'instruction en famille, entecoupé en 2006-2007 d'une scolarisation dans un collège Jésuite en Belgique pendant 6 mois, la durée de notre séjour là-bas.

Cela s'est déroulé sans soucis.

Malgré la déclaration annuelle, Anaïs n'a jamais été inspectée, contrairement à ses frères et soeurs. Détectée à la demande de l'école à 3 ans et demi comme enfant précoce, nous avons opté pour un parcours pédagogique en unschooling, puisque les centres d'int��rêts naturels d'Anaïs l'amenait à avoir une progression annuelle constante, conformément à la règlementation en vigueur en France.

Après avoir réussi le brevet, Anaïs a regretté de ne pas l'avoir présenté plus tôt et a souhaité présenter les épreuves anticipées du BAC L. Elle a reçu une formation en français et en mathématiques dans un collège privé hors contrat, et nous avons préparé à la maison l'examen de sciences. BAC 2009.

Ses notes:  7/20 en français ��crit; 10/20 en français oral; 10/20 en mathématiques; 16/20 en sciences.

Aujourd'hui, elle souhaite intégrer une terminale.

Depuis début mai, nous avons entamé les démarches auprès de votre académie. C'est alors que nous nous sommes aprerçus que malgré l'accusé de réception, le service compétent à l'IA Marseille n'avait pas reçu nos déclarations, perdues dans les services: nous avons donc refait parvenir les documents nécessaires à l'IA Marseille, demandé qu'un contrôle ait lieu et mené une action auprès des 3 lycées qui auraient pu faire passer des tests de niveau à Marseille.

Toute cette énergie en vain, les proviseurs ont fini par faire une réunion commune se soldant par un refus. L'IA également pour le contrôle.

Aujourd'hui, j'ai réussi à obtenir le document attestant de la déclaration d'IEF 2008/2009 à Marseille (les premières m'ont été envoyée avec un mauvais nom de famille...) et je requiert pour ma fille le droit d'inscription dans le lycée de sa circonscription, en terminale L. Argumentant qu'elle n'est pas responsable des refus des proviseurs et de l'IA marseillais, et qu'il serait tout autant préjudiciable de lui faire porter la responsabilité du non-vouloir des uns, que de mener une action de discrimination positive en l'acceptant là ou d'autres ont dû préalablement passer des tests.

D'autant qu'Anaïs est tout à fait disposée à passer ces tests, et à présenter les cours de mathématiques et de français de première L qu'elle a suivi.

Vous remerciant pour l'attention que vous voudrez bien porter à cette requête, je vous prie de bien vouloir agréer l'expression de toute ma considération.

Mardi matin, le ciel nous tombe sur la tête : une pluie diluvienne, mais tiède, s’abat sur la région. Tant pis, je trottine jusqu’à la mairie, et je viens dégouliner ma requête dans ses bureaux accueillants. Il n’y a plus moyen de faire de carte de transport sur place depuis la veille de notre arrivée au village, mais la secrétaire m’obtient une dérogation. Je ne sais pas si Anaïs va entrer à l’école. C’est demain. Mais l’IA n’a pas rappelé et la mairie n’ouvre que le matin. Il manque une photo d’identité. Les bureaux ferment dans dix minutes, je me re-rince d’un aller-retour supplémentaire à la maison en petits pieds trempés.

Merci aux quelques bonnes volontés que nous avons rencontrées en ces chemins scolaires tortueux…

Vers 16H00, j’appelle le lycée. L’IA vient de les appeler, leur demandant d’inscrire Anaïs mais en lui faisant d’abord passer des tests.

Toutefois, la secrétaire doit d’abord demander l’accord du proviseur. Il n’a pas le droit de dire non, mais il doit donner son accord. Disons que c’est une formule de politesse. Bon. De toute façon, la rentrée des terminales n’a lieu « que » jeudi. Anaïs rentrera donc en même temps que ces camarades de cellule…euh…je veux dire, d’école, bien sûr !

Voilà une des bonnes volontés rencontrées sur ces fameux chemins…la secrétaire du proviseur du Lycée Rabelais de Chinon. Qui se rappelait qu’Anaïs avait fait une phobie scolaire, 4 mois après que je l’ai eue au téléphone. Qui s’inquiétait qu’elle puisse entrer à temps avec les autres pour pouvoir mieux s’intégrer. Qui a su convaincre l’IA de Tours que cette requête de scolarisation n’était pas une lubie subite de notre part, mais que je me débattais depuis mai avec l’IA de Marseille et les lycées de mon secteur.

Et voilà le jeudi qui arrive avec ce monstre brinquebalant qui avale mon bébé et notre expédition « à la grande ville ».

Une surprise de taille nous attends au conservatoire : depuis mon coup de fil à la secrétaire, surprise au premier abord, le directeur de la partie « danse classique » est intervenu. Nos entrons.

-« Ah ! Mais voilà notre petite Jeanne ! » et la secrétaire fait les présentations (elles sont 3 dans le bureau). Je m’esclaffes d’abord. Jeanne est vraiment grande pour son âge, et chausse…du 40. L’adjectif est un peu surréaliste ! Mais elle est si jeune, me répond-elle. Elle entre en 6 ème, n’est-ce pas ?

Euh ? Qu’est-ce qui se passe ?

Ils se passe que Jeanne ne va pas présenter d’audition parce qu’elle a été « détectée », ce que je n’avais pas compris. J’explique : la chorégraphe de son ballet irlandais (spectacle de fin d’année), intervenante extérieure à la demande de sa prof, prof de danse elle-même qui a une fille au ballet national de Marseille et l’autre en Suisse chez Béjart, a appelé sa copine prof de danse à Tours, au conservatoire, qui a appelé le directeur avant de partir à Genève, alors que le conservatoire venait de fermer. La-dite prof de danse de Tours, avait elle-même envoyé deux garçons cette année à la BNM, qui seront hébergés par la chorégraphe de Jeanne.

Un peu comme au foot, quoi, dira mon mari. Et ce que je croyais être l’audition du 16 septembre sera un cours afin d’évaluer son niveau et d’adapter l’enseignement.

C’est toujours un peu surréaliste pour moi aujourd’hui, d’autant que nous ne savons toujours pas comment nous allons nous organiser pour ces 80 kms quasi-quotidiens dès le 23 septembre, , actuellement sans permis et sans voiture….

Mais nous sommes si heureux de la possibilité pour Jeanne de prendre ses cours en poursuivant l’instruction en famille, ce qui ne semblait pas possible à la BNM. Et si fiers, aussi, et rassurés, un peu, en même temps qu'inquiets, paradoxalement. Rassurés de voir, petit à petit, que ce rêve se réalise, se concrétise.

Depuis, le cliquetis des pointes résonnent sur le parquet, Jeanne s’entraîne sans relâche et nous sommes vraiment impressionnés de voir nos deux filles se lancer ainsi dans des objectifs de vie si précis !

Voilà donc mon troisième bébé qui sautille de joie et de passion et mon premier bébé qui s’en va guillerette le matin, avant 7H00, et s’en revient vers 18H00…

Avec une pelle de devoirs. Une tonne. Une somme. Un vrai scandale.

J’ai beau m’insurger régulièrement contre ces français qui revendiquent le plus court temps de travail européen en faisant travailler leurs propres ados bien plus que la moyenne européenne et avec des résultats extrêmement mitigés, le vivre en direct à la maison, c’est vraiment un fruit amer !

Le proviseur ayant décidé que décidément , organiser des tests pour une personne, c’était beaucoup de charivari, (ndlr : et pas aussi rigolo qu’avec le Grinch ; )…), une réunion se tiendra d’ici 2 semaines pour juger de la légitimité de l’inscription d’Anaïs en terminale.

Et d’ici là, je ronge mon frein. J’ai proposé à Anaïs de rentabiliser les heures de flottement à l’école pour faire ses devoirs et alléger ces interminables soirées qui ont fini par impressionner César…et me lasse déjà à force de nous priver de moments familiaux.

Elle semble plutôt bien s’en sortir : il faut dire qu’en philo, elle a …au moins une dizaine d’années d’avance sur les autres, avec ma manie d’en distiller dès le biberon…et cela vaut pour l’histoire-géo et la littérature. Elle surnage sans trop de difficultés en espagnol, il doit rester quelque chose de cette langue dont les prémisses lui ont été inculqués avant 10 ans mais l’anglais coince un peu par contre. L’anglais en unschooling, si on n’est pas noyé dans la langue environnante, c’est très moyennement efficace. Et si, en Espagnol, l’enseignant a opté pour des traductions de textes du BAC, la prof d’anglais…parle anglais. Exclusivement. Ce qui complique un peu la situation. C’est sûr que pour la musique, les langues et les mathématiques, les apprentissages naturels sont moins performants avec les moyens à notre disposition dans la famille, pour le niveau BAC, s’entend.

Mais je pense qu’Anaïs surmontera cette difficulté, d’autant plus que cela nous a tous incité à nous y remettre !

Nous avons abandonné l’option « jeune fille au pair » que nous avions imaginée pour l’aider car avec les charges sociales et la mutuelle, le tarif de départ était plus que doublé….

Et lors de la rencontre, je me suis rendue compte, grâce aux témoignages des familles, que parler assez couramment une langue n’était pas un gage de réussite au BAC, où les correcteurs attendent, plutôt qu’une bonne maîtrise orale, un respect scrupuleux du programme de grammaire, conjugaison, et liste de vocabulaire ad hoc.

Le cours de maths spé n’étant choisi que par deux élèves, cela se fera avec le CNED (mais à ma charge) en connection directe avec le lycée, et Anaïs a choisi une option cinéma qui semble enthousiasmante. Ainsi d’ailleurs qu’une option rugby très en rapport avec son gabarit, qui n’a pas du manquer d’impressionner fortement son entraîneur… ; D !

Bref, si on ajoute ma nouvelle fonction de relais, qui carbure déjà bien, ma grande déception de ne pouvoir organiser de jipli en un temps aussi court, et mon incertitude quand au contenu exact de la déclaration qu’il va falloir envoyer sans tarder, voilà une drôle de rentrée chargée en émotion !