Voici ce que j'avais écrit mais pas publié, le 18 août.

Mardi, les funérailles.

Finalement, Marc a tout de même assisté à la messe, mais n'a pas pu entrer dans le cimetière.

Trop lourd pour lui.

Je suppose que c'est mieux ainsi.

Finalement, ma belle-mère est décédée le jeudi matin, au moment même où nous recevions la lettre recommandée nous signalant le dessaisissement du Juge d'Avignon au profit du tribunal de Marseille.

Nous étions sous le choc, même si cela nous semblait être une bonne nouvelle. C'était si inattendu. Emotionnellement si fort.... Si nous avions su....

Vendredi matin, direction la banque et là, nous avons décidé de nous rendre finalement aux urgences de St-Jo pour cette toux intermittente qui m'étouffe et cette mousse qui sort de mes poumons. Cela ne commençait pas trop mal, radio, aumais lorsque les résultats sanguins sont arrivés

Il y avait déjà eu des choses bizarres et dérangeantes pour les funérailles de mon beau-père, mais là, c'est allé encore plus loin: film et photos de l'intérieur du caveau, etc....

Lorsque nous sommes arrivés, il y avait de la musique qui jaillissait du caveau familial, et pas une marche funèbre, de la chanson classique française.

Ca m'a fait une de ses impressions. Les grands s'étant jetés sur l'inspection de l'intérieur de ce caveau familial où se trouvent déjà les corps du grand-oncle, de l'arrière-grand-père et du grand-père des enfants, les petits ont voulus suivre. J'ai récupéré Ulysse le plus discrètement possible, mais cela lui a fait peur. L'assistante sociale qui nous accompagnait nous a beaucoup aidée. Je n'aurai pas pu assister à ces funérailles, seule en plus au cimetière, sans sa présence "bouclier".

Marc est allé saluer toute sa famille, à l'église. Mais ça, c'était vraiment trop pour moi. Je crois que j'aurai pu arracher les yeux de ma belle-soeur. Maintenir une distance de sécurité m'a paru le plus raisonnable.

Finalement, être proche d'elle au cimetière s'est avéré plutôt facile. Elle a soigneusement évité mon regard.

Un ami, ancien voisin, me disait un jour que je savais très bien me mettre à la place de mes amis, mais pas du tout de mes ennemis, et que cela me desservait beaucoup. 

Ma belle-soeur est une assez jolie jeune femme, blonde, plutot frêle, qui a cette étrange caractéristique qu'avait sa maman, de sembler toujours au bord de la chute lorsqu'elle est debout, qu'elle marche, on dirait qu'elle flotte à moitié. Ce qui déclenche chez l'autre une irrépressible envie de tendre la main, de la protéger. Si on ne voit pas son visage, qui est assez marqué, et plutôt "dur", elle dégage une impression de douceur et de fragilité surprenante. Je voyais César et Jeanne à ses côtés. Je vois qu'elle a réveillé les instincts protecteurs de César, et que Jeanne la voit comme un modèle. Elle a l'air tout à fait sérieux, et je me rappelle que ces avis sont péremptoires, affirmés. Mais d'une façon qui inspire la confiance.

J'ai vraiment été très émue par le ton de sa voix lorsque Jeanne m'a dit que Marie-France avait réussi à la rassurer, par raport à l'école.

Cela venait du fond de son coeur. Je l'ai été tout autant par la réponse de la directrice du foyer lorsque Jeanne a demandé si l'école tiendrai compte de ses troubles d'apprentissages.

Il y a eu un flottement embarrassés. "Oui, bien sûr" a-t-elle répondu.

Je suis alors intervenue. "Voulez-vous dire que les notes de Jeanne seront adaptées?". "Non, évidemment" a-t-elle rétorqué. "Que l'enseignement sera personnalisé alors?" ais-je continué. "Et bien ce sera le même enseignement que pour tous". Tentative de changement de sujet. Je me suis tournée vers Jeanne: "Nous sommes en France, il n'y aura aucune adaptation, aucun aménagement". Il y a eu un éclair de panique, puis elle s'est refermée comme une huître, selon son habitude. Difficile de lire au coeur de ce coquillage hermétique. Mon intervention était sans doute brutale. la scolarisation le sera d'une manière extrême.

Il y eut alors une franche bifurcation de la part de l'ASE. Histoire que Jeanne ne puisse méditer sur ces réparties et sur l'épouvantable manipulaton mensongère dont elle fait l'objet. Elle le découvrira elle-même à ses dépends.

Retour au cimetière.

C'était vraiment intéressant. Douloureux aussi, de voir mes ados avec leur belle-soeur, mais je tâche de replacer cela dans une perspective plus lointaine. Cela ne durera pas. L'écran de fumée se dissipera.

Il est temps que les ponts soient rompus.

Je me suis rapprochée d'un des cousins de Marc, il en a deux. Je l'ai touché à l'épaule. 

-"Marc est ton cousin, vous avez grandi ensemble". Il a conservé son regard planté au loin et a murmuré quelque chose comme "c'est ça".

Je crois que c'est la chose qui m'a le plus choquée de toutes ces funérailles. Marc me disait "is n'en valent pas la peine", mais nous sommes très "famile" tout les deux (franchement, vu nos familles respectives, quelle idée, mais on ne peut s'en empêcher.....) et je comptais un peu sur le réconfort moral, pour mon mari, des cousins. Les inimitiés pourraient s'arrêter à cette génération-là. Je suis décidément bien naïve....

Puis j'ai repensé à notre situation. Ils étaient au courant pour l'expulsion, sont tous deux célibataires, gagnant 7 et 10 mille euros chacun chaque mois. Et ce sont des inconnus qui nous ont aidés financièrement. Je n'avais jamais pensé à cet aspect-là des choses.

Décidément, Marc avait bien raison.

Mais c'est douloureux de penser que toute cette frange de la famille croit aux boniments de ma belle-seur et de la grand-mère. Surtout qu'il a été établi par le tribunal qu'il n'y avait eu aucun acte de violence. Ni envers ma belle-famille, ni envers les enfants (et le chien, le chat, les lapins...). Pour eux, j'ai maltraité ma belle-mère et elle en est morte. Comment puis-je me défendre de cela, surtout quand, en l'occurence, ce fut le contraire? Dois-je m'en défendre, d'ailleurs?

Au sortir du cimetière, j'ai trouvé mon mari relativement apaisé. En communion avec sa maman.

Nous avons alors appris que nous garderions les petits l'après-midi, qu'il n'y aurait pas de visites le jeudi comme prévu.

J'étais vraiment choquée. Comment bien profiter d'eux alors que nous flottions dans une brume de sidération? Et surtout, surtout, comment ne pas les voir jeudi, toute la journée, comme convenu?